Iranienne de Maurice Bigio

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Iranienne de Maurice Bigio

Avec «L’Iranienne», nous vivons la réalité de l’hypocrisie et de la corruption générées par des bigots superstitieux et sans cœur. La violence et la perversité de la vie quotidienne évoquées dans le livre sont saisissantes. Le roman de Maurice Bigio est un miroir de notre société d’aujourd’hui, sans fausse note ; les détails de la vie à Téhéran sont d’une justesse troublante. J’en étais même à entendre en Fârsi certaines répliques et paraphrases traduites pour le francophone.

Nous, les Iraniens, – hommes et femmes-, avons un rapport incestueux avec nos dictatures. Au fil des siècles, nous avons construit un schéma mental simpliste: les tyrans sont des éléments exogènes à la société iranienne; on leur impute censure, torture, exécutions et spoliations à grande échelle; des salopards sont au pouvoir. La population, monsieur et madame tout le monde, est affectueuse, honnête, généreuse et solidaire.

Dessin - Hadi Khorsandi - pedziran

Notre discours pour les Occidentaux est un cliché usé : la vraie société iranienne est l’univers des poètes, des cruches de vin et des danses sur de beaux tapis; nous sommes le pays de Gol-o Bolbol, fleur et rossignol. Nous les Iraniens sommes de beaux-parleurs et maîtres en réponses toutes faites. Après une tirade sur la perversité des Ayatollahs et l’Islam «imposé», nous concluons la conversation sur la beauté des vers de Hâfez, la sagesse de Rumi et la grandeur de Persépolis. Un passé bien lointain et un discours incohérent.

Le schéma mental et les clichés sont réducteurs, des cache-misère; le diable est dans les détails, où tout est politique. Les tyrans et les fanatiques en Iran ne sont pas seulement dans les rouages institutionnels de la République Islamique. Aucune dictature n’est fortuite. Il nous faudrait comprendre que le fondement de la tyrannie est dans de vastes réseaux de gens corrompus ou tout simplement indifférents, qui ont un intérêt dans son maintien. Nous somme champions pour invoquer Le Destin et accuser les étrangers d’être à l’origine de nos malheurs; en somme un aveu d’immobilisme et un déni de la réalité. Les rencontres et les dialogues de L’Iranienne de Maurice Bigio en dévoilent une partie.

Le livre a été publié au printemps 2012. Après presque un an, j’ai cherché en vain critique, mention, bref, une réaction de la part des Iraniens francophones. Rien, silence radio. Et pourtant nous ne manquons pas d’écrivains d’origine Iranienne francophones… Dommage, parce que ce livre nous donne l’occasion de parler de mille sujets qui, par leur présence ou leur absence, servent à évaluer notre degré de volonté pour construire une démocratie et obtenir la liberté d’expression. Mon entourage iranien en Europe, – ceux qui se prétendent «opposants» mais sont tout sucre tout miel à l’ambassade d’Iran pour quémander un papier officiel -, à qui j’ai proposé le livre, m’ont répondu, agacés : « Bah! L’auteur veut faire du fric sur notre dos. L’Occident aime nous salir; je ne vais quand même pas payer pour lire un livre qui dit du mal de nous. A quoi ça sert ? On sait tout ça.» On le sait, mais on ne fait rien : Shirine, « L’Iranienne », croupira dans sa cellule. J’ai dû me contenter de relire l’excellent billet de Pierre Assouline au sujet de ce livre. L’Iranienne sera lu par des Européens pur-sucre, ou des hybrides comme moi.

La République Islamique est-il Notre Destin?   نه  , Non, не , No , לא , 无, Nein,  Όχι. Cela peut changer, cela doit changer:  خواستن توانستن است ;  when there is a will, there is a way. Quand on veut, on peut.

PedzIran:
Iran Double-Nationaux et Rançon
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