Iran: Les Méditerranéennes et nous

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Le premier juillet 2013, ceux qui, en Égypte, défendent l’idée d'un État laïc et l’espoir d'une démocratie, ont gagné une bataille. Le gouvernement des Frères Musulmans, même s’il a été voté démocratiquement, a dû quitter le pouvoir. Il a simplement ignoré le vent du changement: celui de plus de liberté. Maintenant, l'armée égyptienne est seul arbitre des luttes sociales. Quand les gens aspirent aux valeurs démocratiques et au pluralisme, ils ont besoin d'aide, toute l’aide qu'ils peuvent obtenir.
Les sectes islamiques s’accommodent de la démocratie aussi longtemps que ce mot leur donne l’occasion de prendre le pouvoir. Après, ils changent les règles et les institutions pour bloquer la route aux autres et mettre en œuvre leur dogmatisme. Leurs idées sont simplistes: ceux qui ne sont pas d'accord avec eux sont des hérétiques / Kâfers sous les ordres de puissances étrangères, et la dignité des femmes doit être préservée par leur effacement du regard du public, et des affaires. Pour eux, le pouvoir de l'État doit être confié à un club de phallocrates qui vise à enfermer le pays par tous les moyens : de la pression psychologique jusqu’aux tirs à balles réelles sur les citoyens, le tout au nom d'Allah et de la Sharia. Un scénario que beaucoup d’Égyptiens ne sont pas disposés à suivre. Peut-être que les affrontements entre Islamistes et ceux qui sont en faveur du pluralisme pourraient être évités. L'avenir dépend de la rapidité des pluralistes à trouver des dirigeants respectés qui pourraient travailler ensemble, pour transformer les mouvements de contestation en forces constructives. Mais, en ce moment, les mouvances Islamistes créent des situations de crise pour polariser la politique et se poser en victimes persécutées.

Le rejet de Mohamed Morsi et de son clan est un coup dur pour le despote suprême à Téhéran, Khamenei et ses sbires. Les pourparlers sirupeux entre «frères musulmans», c'est à dire ayatollahs, et Mohamed Morsi à Téhéran et au Caire, sont coupés pour l'instant; à moins que les ayatollahs décident de soutenir activement les Islamistes avec de l'argent, des armes et des soldats de l'armée, Ghods, Pâsdârân ou bassidjis, comme c’est déjà le cas en Syrie.

Étant une femme qui a vécu la révolution iranienne de 1979, je ne peux qu’être aux côtés des pluralistes et des démocrates. Je me souviens que, quand il est apparu que les femmes ont été manipulées pour soutenir activement une révolution islamique oppressive, elles étaient descendues dans la rue pour défendre leurs droits. L’accueil a été cynique: les hommes ont ridiculisé les femmes protestataires et les ont livrées aux brutalités des Hezbollahis. En général, dans les communautés musulmanes, le machisme est enseigné aux enfants dès leur plus jeune âge; la mère, la sœur ou la fille sont parfaites tant qu'elles se soumettent aux ordres de leurs hommes. Elles seront des putes dès qu'elles défendront leurs droits. Les Méditerranéennes et nousAu printemps de 1979, les hommes iraniens ont laisser tomber les femmes, confortés qu’ils étaient par les anathèmes de Khomeiny. Ils ont baissé la tête devant le dogmatisme Shiite, mis les minorités sous pression ; la censure et l'oppression sont devenus des actes saints au nom d'Allah. Peu à peu, le pays a été enfermé et les esprit pétrifiés par la peur. Maintenant, la machine de l'État est une pieuvre dont il est difficilement imaginable de se dégager. Le pays est une terre aride où aucune graine d'idée, de dialogue, de tolérance ne peut se développer. De temps en temps, on jette quelques sucreries au peuple pour le distraire: le nouveau président est pour le changement, il permettra un accès plus rapide au Internet-halal déjà lourdement censuré, les femmes pourront montrer deux mèches de cheveux au lieu d’une. Changements considérables! Peut-on manifester dans les rues? Peut-on critiquer le Vali-e Faghih en public? Peut-on voter pour des candidats qui ne sont pas triés sur le volet par le système? Peut-on avoir un article publié dans les journaux sans le contrôle d’un censeur? Peut-on arrêter la torture, le viol et les exécutions de prisonniers politiques?

Depuis 1979, en Iran, les hommes ont le droit exclusif de diriger le pays, et ils ont lamentablement échoué. Les hommes, quand ils ne sont pas du côté des ayatollahs, sont réticents, craintifs et incapables de se battre contre eux. Ils s’adaptent simplement aux caprices du Despote Suprême et de ses sbires, tout en gémissant: «Rahbar [Leader] devrait savoir que nous souffrons." Ils ne se battent pas pour leurs droits civils et évitent soigneusement ceux qui luttent vraiment pour la liberté. Aujourd'hui, les femmes continuent d’être le pilier de la famille en quémandant du pain, du riz, de l'essence, de l'eau et de l'électricité. Dans le même temps, les hommes demandent qu’on leur servent davantage de thé, se chamaillent entre eux, citent des poètes et dissèquent l'époque de Mossadegh, (il y a soixante ans). Ils imaginent comment ils auraient pu faire les choses différemment, palabrent sur la politique internationale et disent à qui veut bien les écouter: «Nous allons montrer au monde la Grandeur de notre Nation … quand les ayatollahs seront partis. »

Assez! Pour l'amour de vos enfants, arrêtez de rêver. Les tigres en papier n’impressionnent personne. Soyez pratiques. Commencez par montrer Notre Grandeur au monde en nous débarrassant de ce monstre, Vali-e Faghih, le Despote Suprême et ses voyous. Quoi qu’il en soit, la farce des élections présidentielles de 2013 a démontré combien nous pouvons être dociles dans notre soumission. Au travers des siècles, nous nous montrons fiers d’avoir civilisé nos envahisseurs barbares, mais les ogres qui dirigent notre pays aujourd'hui sont nés Iraniens et élevés au sein de l’Iran.

Les Méditerranéennes et nous
Nous, les femmes iraniennes, partageons avec les Égyptiennes, les Tunisiennes, les Marocaines et d'autres femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord bien plus que ce que nous pouvons imaginer. Laissez-nous partager nos petites histoires de la lutte pour notre dignité, pour la citoyenneté entière et pour le pluralisme dans nos pays. Soyons exubérantes et crions en Fârsi: "Dégage – Gom Sho گم شو" à notre Despote Suprême et ses séides.
Il est temps de nous unir et de joindre nos forces, nous les hommes et les femmes de tous les coins et recoins, en Iran et à l'étranger. Nous devons défendre nos droits et marquer des points: petit à petit, pragmatiquement. Sans jamais se laisser décourager ou abandonner tout espoir.

 

PedzIran:
Élections au royaume des phallocrates

A voir ou à revoir : Méditerranéennes, de Serge Moati, 2013, Image et Compagnie, France.

 

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