Eugénisme à l’iranienne

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L’ogre dévore ses enfants:
La théocratie iranienne, fidèle à ses dogmes, se révèle une fois de plus fidèle partisane des pires méthodes conçues par les sociétés phallocrates afin de purger et contrôler la population.

Eugénisme à l’iranienne

«La meilleure propagande est celle qui fonctionne invisiblement. Celle qui s’insinue partout dans la vie des gens sans que ceux-ci ne se doutent de l’initiative propagandiste» (Paul Joseph Goebbels, mars 1933).

Depuis 1979, tout en préparant le terrain pour la Révolution Islamique, la théocratie iranienne a méticuleusement mis en pratique le conseil de Goebbels. La propagande a engourdi les esprits à tel point que réagir aux violations des droits humains élémentaires ne provoque guère d’indignation au sein de la population.

Toxicomanie, prostitution, sans-abrisme sont ignorés, censurés et leur existence même est totalement niée par les autorités. Quant à la population, elle préfère le silence aux débats qui la dérangent. Dans la société iranienne, ceux qui ont de l’argent et une position sociale à sauvegarder, camouflent la mort de l’un des leur des suites d’une overdose ou du SIDA, par une insuffisance cardiaque ou toute autre maladie «acceptable» afin de sauver les apparences.

En Iran, comme dans toute société islamique, le sexe est tabou. En dehors des relations sexuelles entre mari et femme, aucune relation n’est permise. Pour les plus aisés, il se trouve toujours un gynécologue ou un urologue compatissant pour réparer les dommages physiques dus aux pratiques sexuelles non approuvées : recoudre, par exemple, l’hymen déchiré avant le mariage.

L’adultère entraîne la lapidation pour les femmes; les homosexuels sont pendus ; grâce au mariage de fillettes mineures, la pédophilie est sous contrôle ; mieux encore : les autorités religieuses ont institué le Sigheh, le mariage temporaire, nom canonique qui camoufle la prostitution ! Dans l’Iran moderne, le proxénète est souvent le père, le frère ou le mari, lui-même toxicomane, et le détenteur du bordel, un religieux avec barbe, manteau et turban, récitant le Coran dans le processus.

Dès la naissance de la République islamique d’Iran, les difficultés économiques et le chômage ont fait exploser le nombre de toxicomanes et de prostitués (hommes et femmes, majeurs et mineurs) en Iran, comme dans d’autres parties du monde. Beaucoup de sans-abri vivent au dur dans la rue ou sous les ponts, et sont appelés “Karton-Khab”, « celui qui dort sur un bout de carton ».

Depuis deux ans, les phénomènes des sans-abri, des drogués et autres prostitués se sont développés dans de telles proportions qu’il est désormais impossible de les cacher ou les ignorer. Ils sont même révélés par les autorités dans les médias fortement censurés. Cependant, si la presse se risque à publier une enquête approfondie, comme ce fut le cas pour le site d’informations “Moj” (موج) avec un long rapport sur la prostitution à Téhéran, il sera fermé.

Lorsqu’un problème souille l’image glorieuse de la République islamique d’Iran, image dont elle aime à se vanter aux yeux du monde, et que ledit problème ne peut plus être caché, une double tactique est exercée par les autorités : accuser les victimes de veulerie, impliquant «des éléments étrangers malfaisants» qui les manipuleraient par la même occasion; si cela ne calme pas le jeu, dans une seconde phase, présenter un grand projet dans lequel les valeurs indiscutablement supérieures des normes islamiques sont glorifiées. Aucune des deux tactiques ne fonctionne, invariablement, mais après un certain temps, le problème, non résolu, est oublié.

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Cependant, le taux croissant d’addiction, de prostitution et des sans-abri est devenu un serpent de mer si fortement récurrent qu’il ne peut plus être ignoré par les autorités ou noyé dans une mer de baratins islamiques.

En décembre 2016, Asghar Farhadi, réalisateur iranien et lauréat d’un Oscar, a écrit au président iranien, Hassan Rouhani, exprimant ses opinions et la honte qu’il éprouvait pour les sans-abri vivant et dormant dans les cimetières. Ceux-ci sont appelés «Gour-Khab», c’est-à-dire « ceux qui dorment dans les cimetières », et ont un rang inférieur aux «Karton-Khab» dans l’échelle de dignité humaine.

H. Rouhani, dans une déclaration du 28 décembre en réponse à la lettre de Farhadi, s’est exprimé sur la question – une surprise pour lui – et a qualifié le problème d’”inacceptable pour le pays”. Mais, en enrobant et éludant la question, il a laissé entendre: Nous avons toujours pensé que les sans-abri était un problème qui n’existait qu’en Occident …

Il en est resté là. Une énième gesticulation de Rouhani, vide de sens et d’action, comme par le passé, à moins que plus tard il ne lui en soit ordonné autrement par le Guide Suprême,qui ne s’est pas exprimé sur ces questions pour l’instant.

Les propagandistes iraniens, parmi lesquels on compte quelques universitaires et éditorialistes, ont tenté de relativiser la question de « ceux qui dorment dans les cimetières », en parlant de «phénomène centenaire», de «rien de nouveau». Si le problème n’était pas alarmant, on pourrait bien ironiser sur l’argumentation et les palabres de ces messieurs. Mais, dans un pays où le fanatisme domine, la bouffonnerie est plus importante que la compétence; elle tue l’ironie.

Comme à l’accoutumée en Iran, quand il y a un problème à résoudre, les énergies sont dépensées dans des polémiques inefficaces et des querelles entre les autorités rivales qui tentent de maximaliser leurs intérêts tout en éludant d’autres questions.

Depuis une quinzaine de jours, les débats sur la toxicomanie et la prostitution focalisent l’attention dans les médias publiés en Iran, permettant provisoirement de mettre en veilleuse un autre serpent de mer, la dévaluation de la monnaie iranienne. Les choses sont si sérieuses (l’argent est toujours une affaire sérieuse, et certainement aussi chez les Islamistes) que les censeurs et les propagandistes se censurent mutuellement, et que les fonctionnaires rivaux ont dégainé les poignards et se battent pour une position supérieure ou plus d’argent. Ces derniers jours, après la mort d’Ali-Akbar Hashemi Rafsanjani, l’un des politiciens les plus influents depuis 1979, les poignards sont remplacés par des mitrailleuses.

Dans la polémique sur la toxicomanie, le sans-abrisme et la prostitution, le gouverneur de la province centrale, Hossein Hashemi, politicien de rang inférieur selon le système Velayat-e Faqih qui nourrit peu d’espoir en un avenir meilleur, a balayé les problèmes en les qualifiant de «marginaux», les toxicomanes étant des «exhibitionnistes» (متجاهر) et les prostitués des « migrants » pour la plupart. Il a ensuite proposé une solution: «Stériliser les femmes toxicomanes et les prostituées». Pour donner plus de poids à l’utilité de la stérilisation, il présente les sans-abri, les prostituées et les toxicomanes (les femmes surtout) comme «des esprits faibles et des individus psychologiquement perturbés».

Cependant, l’idée de stériliser les prostituées est – au sein du gouvernement Rouhani – dans le domaine public depuis le printemps 2016. Face à quelques critiques modérées, Shahindokht Molaverdi, la vice-présidente de Rouhani, l’a rejetée avec hésitation comme un «projet éventuel», et l’a reconnue comme une «mesure bénéfique», si les femmes toxicomanes étaient «volontaires». Les fonctionnaires de son administration ont soutenu que les femmes étaient plus enclines à la toxicomanie que les hommes (sans fournir aucune preuve scientifique, s’il en est), en concluant qu’après tout quelque chose de bénéfique pour la société pouvait en sortir.

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L’ogre dévore ses enfants

La théocratie iranienne, fidèle à ses dogmes, se révèle une fois de plus fidèle partisane des pires méthodes conçues par les sociétés phallocrates afin de purger et contrôler la population. Pendant de nombreuses décennies, l’eugénisme et la stérilisation sous contrainte ont été pratiquées dans de nombreux pays, y compris ceux qui s’autoproclament parangons de la démocratie, comme les États-Unis. Le résultat en a été plus de misère humaine. Dans les années 1930 et 1940, les Nazis ont scientifiquement raffiné les méthodes. En ce début du 21ème siècle, les autorités iraniennes donnent une nouvelle dimension à cette pratique révoltante en se concentrant sur les femmes toxicomanes et les prostituées, car «tout le monde sait» [sic] que les femmes sont les éléments faibles de la société et corrompent les «hommes naturellement bons» par leurs mauvaises actions.

L’ogre « République islamique d’Iran » dévore ses propres enfants. Dans ladite République, il serait malvenu de poser des questions sur la prostitution masculine. Il est impensable de questionner l’honneur des hommes pieux qui fréquentent les prostituées. Et suggérer de stériliser les prostitués et leurs clients, serait pure folie. Car il est de notoriété publique que tous les toxicomanes sont des réfugié(e)s, des migrant(e)s et des esprits faibles. Et de surcroît, ceux qui se font entendre sont des «exhibitionnistes».

Dans les quotidiens iraniens, il y a des centaines d’annonces pour promouvoir les centres de désintoxication et les cliniques, pour ceux qui en ont les moyens. L’hypocrisie est à l’œuvre dans toutes les sociétés, mais la théocratie des ayatollahs ne connaît aucune limite.

Au cours des dernières années, l’Iran a pulvérisé le record du nombre des exécutions, pris les doubles-nationaux en otages pour de l’argent, a fait équipe avec les Russes pour maintenir Bashar Al-Assad au pouvoir et a ajouté aux misères du Moyen-Orient, autant que les autres parties impliquées dans la région. Ajouter l’eugénisme et la stérilisation sous contrainte à cette liste est un pas supplémentaire vers l’enfer.

Si nous, les Iraniens, continuons à maintenir au pouvoir nos tyrans, les ayatollahs, personne ne se souciera de savoir si nous vivons dans un monde infernal ou dans l’enfer même. Et nous n’aurions que nous-mêmes à blâmer pour cela. La conscience sociale et politique nous manque cruellement.

PS:

Les problématiques de la prostitution et de la toxicomanie en Iran sont largement documentées dans des livres, des documentaires télévisés et des articles qui se trouvent sur Internet. En voici quelques exemples parmi les plus récents :

Nous avons fourni ci-contre le lien pour l’article de Moj sur la prostitution. L’article a entraîné la fermeture de ce site d’informations en août 2016.

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